Maine-et-Loire : "Il n’y a plus du tout d’abeilles", ses ruches détruites par le frelon asiatique

Publié : 10h54 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Dans le Maine-et-Loire, Jean-Luc, apiculteur, a perdu 40 ruches sur 48, soit plus de 83% de son cheptel. Il accuse le frelon asiatique, prédateur installé en France depuis 2004, dont la pression s’intensifie chaque année sur les colonies d’abeilles.

Jean-Luc Denéchère, président de l'association sanitaire apicole dans le Maine-et- Loire
Jean-Luc Denéchère, président de l'association sanitaire apicole dans le Maine-et- Loire
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

Jean-Luc, apiculteur, ouvre ses ruches, désespéré : "donc là il n’y a plus du tout d’abeilles, vous voyez, elles sont mortes…" Il soulève le toit. Silence. Pas un battement d’ailes. Sur ses 48 ruches, il en a perdu 40. Une première d’une telle ampleur depuis l’arrivée du frelon asiatique en 2009 dans le Maine-et-Loire.

"On va retrouver des frelons asiatiques morts aussi, donc ça veut dire que les frelons asiatiques ont détruit toute la colonie. Et donc on doit tout brûler…"

Tout brûler pour retirer les bactéries. Autour de lui, 14 nids recensés. Jusqu’à 1 000 à 2 000 frelons par nid en fin de saison.  Le frelon se poste devant l’entrée. Il capture les abeilles en vol. Les butineuses n’osent plus sortir.

"Elles restent dedans. Elles s’épuisent. Et après, la colonie s’effondre."

 

Frelons asiatiques décédés - Alouette DR

 

Des pertes au-delà de son rucher

Jean-Luc n’est pas un cas isolé. En France, la mortalité hivernale des colonies d’abeilles oscille généralement entre 20 et 30% selon les années, d’après les données des organismes techniques apicoles. Dans certaines zones fortement touchées par le frelon asiatique, les pertes dépassent ces moyennes. La France compte environ 1,8 million de ruches. Chaque année, plusieurs centaines de milliers doivent être renouvelées. Le frelon asiatique n’est pas l’unique menace. Le parasite varroa, les pesticides et les épisodes climatiques extrêmes pèsent aussi sur les colonies. Mais ici, pour Jean-Luc, "c’est le frelon qui a tout déclenché". Cette année, il ne récoltera presque rien.

"Beaucoup d’apiculteurs arrêtent. Une ruche, c’est 60 euros minimum. Quand vous en perdez quarante, faites le calcul."

Sans compter les abeilles, le matériel, le temps.

 

Quelles solutions face au frelon asiatique ?

La destruction des nids reste aujourd’hui la principale réponse. Des campagnes de piégeage sont organisées au printemps. Mais pour les apiculteurs, cela ne suffit pas.

"On les piège, mais on ne sait jamais d’où ils viennent."

Jean-Luc imagine une autre piste :

"Il faudrait un système GPS miniaturisé sur les frelons. Parce qu’en fait, on n’arrive pas à les suivre."

L’idée fait son chemin dans certains laboratoires : suivre un individu pour remonter jusqu’au nid. En attendant, la lutte repose sur la vigilance locale et l’intervention rapide des équipes spécialisées.

 

Derrière le miel, un enjeu écologique

Au-delà du miel, l’enjeu est plus large. Près de 75% des cultures alimentaires mondiales dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale. Fruits, légumes, oléagineux : la disparition des pollinisateurs fragilise toute la chaîne. Le frelon asiatique chasse aussi d’autres insectes. Il modifie les équilibres locaux. Dans son rucher, Jean-Luc replace doucement un cadre vide.

"On ne sait pas ce que sera l’année prochaine. On repart quand même. Mais ça devient de plus en plus dur."

Dans le silence des ruches, la question dépasse son exploitation : combien de saisons les pollinisateurs pourront-ils encore tenir sous pression ? Et que seraient devenus nos paysages sans la lutte de ces apiculteurs ?