Saint-Malo, une ville toujours en lutte contre les meublés de tourisme

Publié : 6h02 par Adrien Michaud avec AFP

Depuis quelques années, Saint-Malo tente d’endiguer la vague AirBnB dans la ville grâce à la mise en place de quotas, mais comme d'autres villes touristiques saturées, elle cherche toujours des leviers pour préserver les logements des habitants permanents.

Dans le quartier des remparts, seuls 12,5% des logements peuvent devenir des locations touristiques.
Dans le quartier des remparts, seuls 12,5% des logements peuvent devenir des locations touristiques.
Crédit : Adrien Michaud

C’est une des villes pionnières en France contre la prolifération des meublés de tourisme de type Airbnb, "dès le début de notre mandat en 2020, nous avons voulu réguler une inflation très forte des locations de courte durée alors que des immeubles entiers étaient convertis en meublés touristiques", explique à l'AFP le maire (DVD) Gilles Lurton, candidat à sa réélection aux municipales de mars.

En 2021, il met en place une des réglementations les plus strictes en France. La cité balnéaire impose un enregistrement obligatoire pour louer à des touristes et limite cette activité à un seul logement par propriétaire. Par exemple, elle fixe des quotas par zone géographique. Ainsi, dans le célèbre quartier des remparts, seuls 12,5% des logements peuvent devenir des locations touristiques.

Attaquée en justice par des propriétaires, la mesure a été validée par le tribunal administratif en 2024. Elle a inspiré la "loi Le Meur", de la députée bretonne Annaïg Le Meur et du député basque Iñaki Echaniz, qui encadre les meublés touristiques au niveau national depuis l'an dernier, s'enorgueillit M. Lurton. "Ça a stabilisé la situation. Sans cela, l'augmentation aurait été très forte", estime le maire, tout en reconnaissant ne pas pouvoir chiffrer les logements rendus à l'habitat permanent.

 

Saint-Malo tente d’endiguer la vague AirBnB dans la ville grâce à la mise en place de quotas.

Tout le monde n’est pas gagnant

Si cette restriction permet de limiter la prolifération des meublés de tourisme, comme toute restriction, elle a ses détracteurs. "Je n'ai pas plus de logements à louer à l'année aujourd'hui", affirme Jérôme Lebrun, gérant d'un grand cabinet immobilier malouin et président de la chambre Fnaim pour la Bretagne. Il pointe "l'effet pernicieux d'une régulation qui a un peu pénalisé tout le monde", notamment les propriétaires "qui louaient pour couvrir leurs charges", ainsi que l'écosystème de la location saisonnière qui "a pris un coup".

Un discours que tient aussi Christian Bertheau, 75 ans, résident permanent, déplore une "ville qui se vide" et où trop de volets restent fermés. Dans son immeuble, "cinq ou six" des huit appartements sont en AirBnB, dit-il, précisant ne pas subir de nuisances, l'une des raisons qui avait poussé la ville à réguler.

Poissonnière depuis trente ans dans le centre historique fortifié et pilier de l'association des commerçants, Claire Guinemer dénonce aussi "l’impact négatif de la régulation". Avec les quotas, "l'activité a baissé presque tout de suite", selon elle. "Je suis un commerce de proximité, les gens qui louent des AirBnB sont toujours de très bons clients", affirme-t-elle, comme d'autres commerçants du marché voisin. "On ne pourrait pas vivre à l'année", sans cette clientèle touristique. "Il faut faire attention en légiférant à ne pas casser cet équilibre très fragile", prévient-elle.

 

De nouvelles restrictions

Malgré tout, la municipalité a décidé fin 2025 de modifier son plan local d'urbanisme et de le rendre un peu plus drastique dans le but d’interdire toute construction destinée à une résidence secondaire dans les nouveaux quartiers ou ceux en reconversion. Actuellement, "quand vous construisez 500 logements, environ 300 ne servent pas à loger des habitants permanents", relève le maire, Gilles Lurton.

En ce qui concerne la mise en place de restriction sur les meublés de tourisme. À l'échelle nationale, AirBnB assure n'avoir "pas constaté d'évolution récente significative du volume d'offres», depuis la loi Le Meur. La plateforme reconnait cependant que "les quotas par quartier constituent une solution adaptée", à des villes comme Saint-Malo.