"Le village bouge à nouveau" : les supérettes API à l’assaut des campagnes sans commerce du Grand Ouest

Publié : 12h21 par
Romane Hocquet - Journaliste

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Ces épiceries en libre-service poussent comme des champignons dans les villages. 140 supérettes API dans l’Ouest de la France. Reportage en Charente-Maritime, dans une commune séduite par ce commerce connectée.

Vincent Terrasse, responsable du développement API, et Olivier Denechaud, maire d'Ardillières.
Vincent Terrasse, responsable du développement API, et Olivier Denechaud, maire d'Ardillières.
Crédit : Alouette DR

L’épicerie est flambant neuve et les rayons achalandés : à Ardillières, en Charente-Maritime, la supérette automatique a ouvert le 6 juin 2025. Ouf, pour les 900 habitants qui n’ont aucun commerce dans leur village. "Plusieurs commerçants se sont succédé ces trois dernières années, mais ça n’a jamais marché", précise Olivier Denechaud, le maire de la commune. L’épicerie la plus proche est à 3 km.

Ça, c’était avant l’arrivée d’API. La supérette est installée à côté de l’école.

Un chalet en bois de 40 mètres carrés. Et à l’intérieur : 700 références du quotidien, des biscottes, à la moutarde, en passant par les surgelés et les fruits et légumes. Le boulanger du coin vient aussi déposer des baguettes de pain.

Alouette DR

 

Acheter des pâtes et créer du lien

Tout ici ressemble à une épicerie traditionnelle à une exception près : la caisse automatique, installée près de la sortie. Après avoir créé leur compte API, sur internet, les clients paient à l’aide d’un QR code. "Et il peut aussi être imprimé pour les personnes qui n’ont pas de smartphone", indique Vincent Terrasse. Le responsable du développement API pense notamment aux seniors, nombreux dans les campagnes où est implantée l’entreprise charentaise. Plusieurs fois par semaine, un "apicier" (contraction de "Api" et "épicier") vient réachalander et nettoyer les lieux.

Une supérette pour se dépanner quand il manque des pâtes ou de la farine, et aussi pour créer du lien entre les habitants. C’est en tout cas ce que note Olivier Denechaud : "On voit qu’il y a plus de personnes qui viennent, même des gens qui ne sont pas du village. Les gens se rencontrent dans Api à la sortie des classes, alors qu’avant, ils prenaient les enfants et ils partaient".

Alouette DR

 

3 ouvertures cette année en Poitou-Charentes

La première supérette API a vu le jour à Claix, en Charente. Aujourd’hui, il y en a une soixantaine en Poitou-Charentes, avec trois ouvertures programmées cette année à Colombiers (86), Saint-Pierre-la-Noue (17) et Saint-Maurice-Etusson (79).

"50% des communes de France n’ont plus de commerces et 6 millions de Français doivent faire plus de 30 minutes aller-retour pour trouver un magasin." Le diagnostic est posé par Vincent Terrasse, discret sur les chiffres de fréquentation des supérettes. On sait seulement qu’Api compte 200 000 clients dans les quatre régions et 19 départements où l’entreprise est présente.

 

La moitié des communes de France n’ont plus de commerce

"On reçoit une quinzaine de demandes de communes par semaine, même si toutes ne sont pas éligibles", indique le responsable développement. Deux critères : une population assez importante (la plus petite commune avec un Api compte 500 habitants) et être suffisamment éloigné d’un supermarché pour éviter la concurrence.

Dans le Api d’Ardillières, Patrick, client et habitant, est venu acheter du pain et du café : "Le problème, c’était zéro commerce. Là, c’est très pratique. On espère que ça va marcher et que tout le monde joue le jeu." Ce n’est pas toujours le cas : dans la Vienne, l’épicerie Api de Château-Larcher fait partie des quatre supérettes déplacées, faute de succès.