Utilisez-vous la monnaie locale sur votre territoire ?

Publié : 5 janvier 2026 à 15h47 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Elles s’appellent Vendéo, Monéko, Bulle ou Galléco. Des monnaies locales, utilisées à côté de l’euro, pour soutenir l’économie de proximité. Certaines circulent encore timidement, d’autres à grande échelle.

Vendéo monnaie locale
Crédit : Alouette DR

Avez-vous déjà payé autrement qu’en euros ? Les monnaies locales complémentaires fonctionnent sur un principe simple : 1 unité locale équivaut toujours à 1 euro. Elles sont utilisables uniquement sur un territoire donné, auprès de professionnels partenaires ou entre particuliers. Le but : dépenser l'argent sans qu'il quitte le territoire pour l'enrichir et favoriser l'économie locale. 

 

"Une monnaie locale ne remplace pas l’euro, elle l’accompagne"

"La monnaie locale est complémentaire à l’euro, elle n’est pas là pour le remplacer", rappelle Catherine Esnée, cofondatrice des monnaies locales en Loire-Atlantique. Elle accompagne aujourd’hui le collectif qui a relancé le Vendéo, la monnaie locale vendéenne en 2022.

En Vendée, 40 000 Vendéos ont circulé sur l’année 2025, soit 40 000 euros dépensés localement. À titre de comparaison, en Loire-Atlantique, la monnaie locale Monéko a enregistré l’équivalent d’un million d’euros de transactions en un an. Des volumes qui varient fortement selon les territoires : 210 000 Bulles ont circulé en Charente, tandis qu’en Ille-et-Vilaine, le Galléco est passé de 49 000 à 55 000 unités en un an.

 

"Tant que la monnaie ne circule pas assez, elle peine à décoller"

Pourquoi de tels écarts ? Pour Catherine Esnée, plusieurs freins expliquent ces différences. "Tant qu’on reste sur des réseaux encore petits, les usages sont limités", observe-t-elle. En Vendée, le Vendéo compte aujourd’hui une cinquantaine d’entreprises partenaires et moins d’une centaine d’utilisateurs réguliers.

"Les particuliers attendent plus de lieux pour dépenser la monnaie, et les professionnels attendent plus de clients. C’est souvent le serpent qui se mord la queue."

Autre contrainte assumée : l’exclusion des grandes surfaces. "Les monnaies locales font le choix de privilégier les commerces de proximité", explique Catherine Esnée. Un positionnement cohérent avec leur objectif, mais qui réduit mécaniquement le nombre de points d’usage. À l’échelle nationale, le mouvement reste toutefois en expansion. La France compte aujourd’hui 82 monnaies locales, contre aucune en 2010. Une croissance rapide, mais encore fragile, largement portée par des collectifs bénévoles.

 

"Le numérique change la donne"

Un autre facteur pèse lourd dans le développement : la dématérialisation. En Loire-Atlantique, la monnaie Monéko existe en billets et en version numérique, ce qui facilite les échanges, notamment entre professionnels.

"Le numérique enlève beaucoup de contraintes techniques, souligne Catherine Esnée. Pour un commerçant, payer un fournisseur par virement est bien plus simple que de gérer des billets."

En Vendée, le Vendéo fonctionne encore majoritairement en version papier. Un projet de dématérialisation est toutefois en cours, avec un objectif affiché à l’horizon 2026.

L’exemple le plus abouti reste celui de l’Eusko, au Pays basque. Créée en 2013, cette monnaie locale est aujourd’hui la plus importante d’Europe, avec 4,5 millions d’euskos en circulation fin 2025. Un développement rendu possible, selon Catherine Esnée, par "un fort soutien local et une implication importante des collectivités".

 

Pour qui et pourquoi ?

Les monnaies locales s’adressent aux habitants, aux commerçants, aux artisans, mais aussi aux associations. Dans certains territoires, comme la Charente, environ 1 400 personnes utilisent déjà la monnaie locale.

"Le but reste le même partout, résume Catherine Esnée, favoriser l’économie locale et augmenter la richesse qui reste sur un territoire. À petite échelle, on ne se rend pas forcément compte de l’impact."

Pour Catherine Esnée, l’enjeu des monnaies locales se joue surtout dans le temps. "Quand on reste sur de petits volumes, l’effet est limité. Mais à plus grande échelle, si la monnaie circule vraiment, on peut recréer de l’emploi sur un territoire", explique-t-elle.

Catherine Esnée, cofondatrice des monnaies locales en Loire-Atlantique | Alouette DR