Chirurgien de Jonzac : souvent soupçonné, jamais inquiété

28 novembre 2020 à 6h56 par Gabriel Macé

Le "chirurgien de Jonzac" accusé d'abus sexuels sur près de 30 ans, a été débusqué tardivement malgré ses penchants connus depuis longtemps de sa famille, de la justice et dans le monde médical. Son procès commence ce lundi en Charente-Maritime.

ALOUETTE
Certains faits présumés se sont déroulés à l'hôpital de Jonzac, en Charente-Maritime.
Crédit: Crédit photo : Capture d'écran | Google Maps

Dans le bureau du juge qui l'interroge en mai 2017 après la plainte de sa voisine de 6 ans à Jonzac, Joël Le Scouarnec ne cache rien de son "attirance" ancienne "pour les jeunes enfants". Il fait remonter les premiers "attouchements", aux années "1985-1986", sur l'une de ses nièces.

Ces faits sont prescrits mais il comparaît aux assises à partir de lundi à Saintes pour un dossier de viols et/ou agressions entre 1989 et 2017 sur quatre mineures : une patiente, deux nièces et sa petite voisine, le mince reflet d'une vaste affaire de pédophile. Depuis octobre, il est également mis en examen dans un deuxième volet pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes, d'anciens jeunes patients.

Leurs noms sont apparus dans des journaux intimes et listings dans lesquels le chirurgien digestif a minutieusement relaté des scènes d'agressions, sur près de 30 ans de carrière hospitalière dans le centre et l'ouest de la France.

Le Scouarnec, père de trois fils, a affirmé aux enquêteurs en 2017 que sa femme était au courant, dès 1996, de ses penchants, ce qu'elle conteste en dépit de plusieurs témoignages. D'après l'enquête, sa belle-sœur qui le soupçonnait d'attouchements sur sa fille en avait discuté en 1997 avec l'épouse, qui avait avoué l'"attirance" de son mari "pour les petites filles".

Deux ans plus tard, la sœur du chirurgien apprenait par l'une de ses deux filles qu'elles avaient été victimes d'attouchements de la part de leur oncle. "Il n'y avait pas à savoir plus (...) c'est à la fois suffisant et trop", a-t-elle confié aux enquêteurs. Elle avait parlé avec son frère qui, en larmes, "semblait avoir des remords" et lui avait précisé que sa femme savait.

Une première condamnation en 2005

"Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?", a répondu l'épouse aux gendarmes qui l'interrogeaient sur la condamnation de son mari en 2005 à 4 mois de prison pour des consultations pédopornographiques, sans obligation de soin, ni interdiction d'exercer. A l'époque, l'enquête s'était limitée à ses habitudes sur internet : "j'avais beaucoup minimisé les choses", a admis le chirurgien.

L'épouse a soutenu avoir découvert la vie secrète de son mari lors de ce premier accroc judiciaire, même si elle avait pu avoir des doutes plus tôt, sur cette façon "étrange" qu'il avait de regarder une "petite voisine".

Au final, aucune plainte ne sera déposée dans cette famille où planent des soupçons d'abus sexuels sur plusieurs générations. Et quand le cas du docteur sera mis sur la table lors d'un repas familial, son père aurait lancé : "il n'y a pas mort d'homme".

Des alertes à l'hôpital… sans suite

A l'hôpital de Quimperlé (2003-2008), certains ont toutefois eu vent de cette condamnation comme ce psychiatre Thierry Bonvalot qui a alerté en 2006 la direction sur la "dangerosité" du chirurgien, en vain, selon lui. A l'époque, le directeur de cet hôpital du Finistère avait avisé de cette condamnation la Ddass, autorité alors compétente en matière disciplinaire, tout en louant le chirurgien : "sérieux", "affable", "excellentes relations" avec les patients, selon son courrier.

Au final, le chirurgien a pu continuer son activité à Quimperlé jusqu'à son arrivée à Jonzac en 2008. Selon lui, la directrice de l'époque connaissait son passé judiciaire. "Ils ne s'étaient pas montrés plus curieux", s'est-il lui-même étonné.

Le procès de Joël Le Scouarnec s’ouvre ce lundi à Saintes.

(Avec AFP)