Sony retire le jeu vidéo Cyberpunk 2077 du PlayStation Store après des bugs

18 décembre 2020 à 8h58 par Arnaud Laurenti

Victime de ses bugs, Cyberpunk 2077, l'un des jeux vidéo les plus médiatisés de l'année, a été retiré vendredi par Sony de sa plate-forme en ligne PlayStation Store dans le monde entier afin de préserver la "satisfaction de ses clients".

ALOUETTE
Crédit: Capture écran | YouTube

Le jeu, réalisé par le studio polonais CD Projekt RED et sorti le 10 décembre, sera retiré de cette boutique en ligne officielle "jusqu'à nouvel ordre", selon un communiqué de la division Jeux vidéo de Sony.

"SIE (Sony Interactive Entertainment) s'efforce d'assurer un haut niveau de satisfaction de ses clients, et nous allons donc commencer à offrir un remboursement intégral" aux joueurs, a précisé le groupe.

Un porte-parole de SIE Japon a confirmé à l'AFP que le retrait du jeu et le remboursement des joueurs s'appliquerait "dans le monde entier".

Beaucoup de bugs

Jeu vidéo dystopique qui était attendu depuis plusieurs années, Cyberpunk 2077 pousse très loin les limites de ce qui est possible techniquement aujourd'hui, selon les médias spécialisés. Il avait été largement acclamé à sa sortie.

Mais ses dysfonctionnements techniques lui ont toutefois été reprochés, en particulier pour ses versions sur consoles, certains critiques allant même jusqu'à suggérer aux consommateurs d'ajourner l'achat du jeu de plusieurs mois, le temps de voir les correctifs arriver.

La sortie du jeu avait été retardée deux fois cette année et les développeurs contraints d'ajouter des avertissements après qu'une journaliste spécialisée s'était plainte d'avoir connu un accès d'épilepsie à cause du jeu.

Ces délais, que le studio avait justifiés par la difficulté de créer un univers aussi vaste pour différents supports de jeu qui s'ajoutait aux complications pour travailler pendant la pandémie, avaient suscité de nombreuses critiques.

CD Projekt RED avait présenté des excuses cette semaine, promettant de "résoudre les bugs" via des correctifs annoncés pour janvier et février afin "d'améliorer l'expérience" de jeu, tout en offrant de rembourser les joueurs ne voulant pas attendre.

Dans une note aux investisseurs publiée vendredi, le studio a déclaré qu'il avait discuté avec Sony en amont du remboursement des joueurs qui le souhaiteraient.

Des déboires qui pourraient coûter cher

Selon les estimations de la banque polonaise BOS, le budget de Cyberpunk 2077, basé sur un jeu de rôle imaginé par l'Américain Mike Pondsmith, est estimé à 1,2 milliard de zlotys (270 millions d'euros), ce qui ferait de lui l'un des jeux vidéo les plus chers de l'histoire.

Le studio s'est attiré les services d'un des acteurs les plus cotés, l'Américain Keanu Reeves, ("Matrix", "John Wick"). Et sa campagne promotionnelle mondiale avait été digne d'une production hollywoodienne.

Basé à Varsovie, CD Projekt RED s'est fait connaître notamment pour "The Witcher, Wild Hunt" sorti en 2015 et considéré comme un des meilleurs jeux de ces dernières années.

"The Witcher" avait considérablement gonflé la valeur boursière de CD Projekt RED, lui permettant de disputer avec le français Ubisoft la première place des développeurs de jeux européens.

Le titre du groupe, coté à la Bourse de Varsovie, a toutefois fortement chuté depuis début décembre sur fond des déboires techniques rencontrés par sa nouvelle création.

Les limites du crunch

"Je ne crois pas que l'on ait jamais rien vu de tel dans l'industrie" du jeu vidéo, a réagi sur Twitter Daniel Ahmad, analyste chez Niko Partners, en faisant référence au retrait de Cyberpunk 2077 du PlayStation Store.

"Cette situation aurait pu être évitée" en repoussant encore la sortie d'un an. "On voit que le crunch (travailler jour et nuit pour finir un jeu, NDLR) pendant des mois ne produit pas un bon jeu. Cela affecte non seulement la santé des développeurs, mais aussi (la qualité) du jeu", a-t-il ajouté.

CD Projekt Red avait promis de ne pas recourir à cette pratique, courante dans l'industrie du jeu vidéo. Mais des médias avaient rapporté que ses salariés avaient été forcés de travailler six jours sur sept pendant de longs mois pour terminer Cyberpunk 2077.

(avec AFP)