Tours : les magistrats en grève pour dénoncer un malaise dans la profession

14 décembre 2021 à 18h00 par Bastien Bougeard

Les magistrats tourangeaux participent à la journée de grève du 15 décembre pour alerter sur le manque de moyens humains, techniques et financiers. Ces carences impactent également les justiciables.

Palais-justice-Tours
Crédit: B.Bougeard | Alouette

Malaise dans le monde de la justice. Magistrats et greffiers sont appelés à se mobiliser ce 15 décembre partout en France pour alerter sur les difficultés, croissantes et persistantes, que rencontre le monde judiciaire au quotidien.

Perte de sens, démotivation, manque de moyens

Les magistrats tourangeaux vont cesser le travail ce mercredi et il faut dire que la situation est préoccupante. « Il y a des problèmes d’effectifs, d’immobilier, des difficultés informatiques… » liste Christophe Régnard, le Président du tribunal judiciaire de Tours. Une motion a d’ailleurs été publié sur son compte twitter pour expliquer les raisons de cette mobilisation.

 

600 jours d’arrêt maladie pour 31 juges en 2021

Au cœur des difficultés, le manque de personnel : « À Tours, il y a moins de 5 juges pour 100 000 habitants, 1,6 procureurs et 20 greffiers… Avec les différentes réformes, les magistrats sont de plus en plus sollicités, nous devons faire plus de travail, mais avec des moyens constants. Ce qui entraîne une démotivation, voir une perte de sens pour certains. Le nombre Burn-out est d’ailleurs en augmentation ». Au tribunal judiciaire de Tours, pour 31 juges, il y a eu plus de 400 jours d’arrêt maladie en 2020. Ce chiffre dépasse les 600 en 2021. Ce manque de moyens rejaillit, fatalement, sur les justiciables.

Des conséquences sur les procédures

« Nous avons beau réduire le temps d’expression des justiciables, prendre moins de décisions collégiales…Aujourd’hui la situation est intenable et ça se traduit par des procédures de plus en plus longues. Nous fixons déjà des échéances pour 2023 ! Quand vous êtes en instance de divorce, qu’il faut attendre 9 à 10 mois pour avoir une décision de justice, nécessairement, les justiciables ne sont pas content et ça se retourne contre les juges qui font pourtant de leur mieux pour traiter l’affaire rapidement ».

Un système informatique très ancien

Le président du tribunal judiciaire pointe aussi le système informatique très ancien, proche de l'obsolescence : « Nous travaillons avec un logiciel qui n’existe plus depuis 20 ans. Là où la CAF, par exemple, propose des démarches dématérialisées, nous nous sommes encore à le faire avec des êtres humains ». Néanmoins, la dématérialisation de certains actes a commencé : « Mais la mise en place prend beaucoup de temps ».

« Il faudrait un plan d’investissement sur plusieurs années ».

Face à ce manque de moyen, les magistrats demandent une hausse de leur moyen. « Le budget du ministère de la justice a augmenté, mais l’essentiel des hausses est absorbé pour l’administration pénitentiaires, ce qui n’est pas illogique au regard de l’état des prisons » souligne Christophe Régnard. Le président du tribunal judiciaire de Tours. Pour lui il faudrait un plan de recrutement sur plusieurs années et une pause dans les réformes, le temps que les tribunaux retrouvent des conditions de travail normales. Ce mal-être des magistrats aboutit parfois à des drames. Une juge de la cour d’appel de Douai (Nord) a mis fin à ses jours le 23 août dernier.