Procès du meurtre de Jonathan Coulom : qui est l’accusé ?

Publié : 16h37 par
Laura Vergne - Journaliste reporter

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Vingt-deux ans après la découverte du corps de Jonathan Coulom, le procès de Martin Ney s’est ouvert ce mardi 19 mai 2026 devant les assises de Loire-Atlantique. L’Allemand de 55 ans, déjà condamné dans son pays pour plusieurs meurtres d’enfants, nie toute implication dans la mort du garçon de 10 ans disparu à Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique) en 2004.

Le procès sur la mort de Jonathan Coulom s'ouvre aux assises de Nantes ce mardi 19 mai 2026
Le procès sur la mort de Jonathan Coulom s'ouvre aux assises de Nantes ce mardi 19 mai 2026
Crédit : Alouette DR - Laura Vergne

"Je répondrai volontiers aux questions." Dans le box des accusés, Martin Ney parle d’une voix calme. Quelques minutes plus tôt, la présidente vient de rappeler les faits : l’enlèvement, la séquestration et le meurtre de Jonathan Coulom, 10 ans, disparu lors d’une classe de mer à Saint-Brevin-les-Pins, en Loire-Atlantique. Ce mardi 19 mai 2026, le procès s’ouvre pile vingt-deux ans après jour pour jour la découverte du corps du garçon. Dans la salle d’audience, les regards se tournent alors vers cet homme grand, au visage marqué par le temps, qui se lève dans le box. "Vous avez évoqué des faits en Allemagne où je suis coupable… En ce qui concerne les faits sur Jonathan, non, je ne les ai pas commis", lâche-t-il dans sa langue maternelle. Alors qui est vraiment Martin Ney ?


"Quelqu’un de bon… et quelqu’un qui a tué"

Né le 12 décembre 1970 à Brême, en Allemagne, Martin Ney grandit dans une famille fracturée. Ses parents divorcent lorsqu’il a quatre ans. Son père sombre dans l’alcool. Sa mère refait sa vie avec un autre homme. Plus tard, l’accusé dira de son beau-père qu’il avait "volé sa mère". L’enfance racontée à la cour est celle d’un garçon solitaire, réservé, parfois moqué à l’école pour ses oreilles décollées. Il parle de violences physiques de sa mère. D’un mal-être aussi. Suivi en orthophonie, il redouble une classe par difficulté d’intégration. Les amis sont rares.

À l’adolescence, il évoque deux agressions sexuelles. Une à la piscine. Une autre face à un homme qui se déshabille devant lui. Des faits qu’il dit n’avoir racontés à personne. L’experte en personnalité décrit un homme "clivé".  "Quelqu’un de bon d’un côté… et quelqu’un qui a tué et violé de l’autre", résume-t-elle à travers les témoignages recueillis.


"J’ai toujours travaillé avec des enfants sans les avoir agressés"

Après un baccalauréat obtenu à 19 ans, il étudie les mathématiques et la physique avant de se réorienter vers le social. Il est bénévole à la Croix-Rouge. Il travaille ensuite dans des structures accueillant des adolescents puis dans la garde d’enfants. Ses anciens collègues décrivent un homme "fiable", "calme", "compétent", avec "un très bon rapport avec les jeunes". En 2000, il s’installe à Hambourg. Là encore, il travaille auprès d’adolescents.  

"J’étais bien dans ce travail et j’ai toujours travaillé avec des enfants sans les avoir agressés"

Dans le même temps, les experts évoquent une pédophilie installée et des fantasmes assumés par l’accusé lui-même lors de ses auditions. Martin Ney raconte notamment les relations entretenues avec deux garçons ayant compté dans sa vie : Christian, accueilli entre ses 12 et 16 ans, et Sebastian, rencontré dans le foyer où il travaillait. "Ce qui m’a plu chez lui, c’était son physique, son apparence", dit-il à propos de Sebastian. Christian, lui, décrira les faits comme des abus.


"Je tue des enfants… et je fais attention à ne pas conduire alcoolisé"

Au fil de l’audience apparaît un homme rempli de contradictions. Un accusé capable de parler longuement de morale ou de protection des autres. Mais aussi un homme condamné en Allemagne, à la perpétuité, pour plusieurs crimes sur mineurs.

"Je tue des enfants d’un côté et de l’autre je fais attention à ne pas conduire alcoolisé. C’est un peu contradictoire"

Depuis son incarcération en Allemagne en avril 2011, Martin Ney dit avoir développé sa foi chrétienne. Il se décrit comme "solitaire", "fermé" mais "prêt à aider". Sa mère, infirmière, est décédée le 22 janvier 2026. Une disparition qu’il évoque avec émotion devant les jurés.  

"J’ai eu beaucoup de tristesse en apprenant le décès de ma mère. À cela s’ajoute la procédure française."

Dans ce procès hors norme, une question traverse désormais toutes les audiences : Martin Ney est-il aussi le meurtrier de Jonathan Coulom ?